Synthèse de la Table ronde en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale du REDD+ au Gabon : les principales recommandations

Libreville, 29 juillet 2019 (GabonInitiatives) – Le 24 juillet 2019 s’est tenue à Libreville – Gabon, une table ronde qui a réunie les acteurs de la gouvernance climatique au Gabon sur le thème : « Une campagne de plaidoyer auprès des partenaires de développement et du secteur privé en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale du REDD+ » dont en voici les principales recommandations.

Organisée par l’Alliance Panafricaine pour la Justice climatique (PACJA-Gabon), en partenariat avec le ROSCEVAC, cette table ronde qui a vue la participation d’une quarantaine de personnes dont un membre du Gouvernement, des représentants des partenaires techniques et financiers, des représentants des associations professionnelles et syndicats du secteur privé et des représentants des Organisations Non Gouvernementales nationales et internationales avait pour objectifs de faire le « plaidoyer auprès des partenaires au développement et du secteur privé, pour élaborer un plan stratégique national REDD+ inclusif et multisectoriel qui servira d’appui au Gouvernement gabonais dans sa préparation et sa mise en œuvre ».

En ouverture, Francis James, représentant du PNUD s’est dit honoré d’accueillir la concertation des parties prenantes sur la gouvernance climatique au Gabon dans les locaux des Nations Unis à Libreville, d’autant plus que le PNUD est engagé dans le cadre du Programme ONU-REDD+. Cette table ronde, a-t-il poursuivi, est une opportunité importante d’échanges entre tous les acteurs de la gouvernance climatique au Gabon en vue de l’élaboration d’une stratégie nationale REDD+ inclusive et disponible. D’ailleurs, la présence du Ministre de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement, chargé du Plan climat, Pr Lee White, témoigne de l’importance de cette rencontre.

Mme Françoise Vandeven, Déléguée Générale de l’Union des Forestiers
Industriels du Gabon et Aménagistes (UFIGA), a présenté son organisme et les opérateurs de la filière Forêt-Bois qu’elle représente, comme étant un des principaux acteurs dans le cadre de la gestion durable de la forêt gabonaise. Après avoir rappelé les huit (8) principes de base qui garantissent la prise en compte des trois (3) volets du développement durable dans la mise en œuvre de la stratégie nationale REDD+. Elle a conclut son propos en affirmant que la présence des membres de son organisation à cette table ronde, particulièrement les responsables de la certification forestière, démontre à suffisance leur intérêt au REDD+ en tant qu’acteurs puis partenaires au développement durable.

En sa double qualité de Président du ROSCEVAC et du Conseil de surveillance du PACJA-Gabon,Nicaise Moulombi, est revenu sur l’optique de la table ronde qui est d’éveiller les consciences collectives sur les dangers du changement climatique et la nécessité de promouvoir un engagement encore plus efficace des acteurs non étatiques dans la mise en œuvre du processus REDD+ au Gabon. Il a rappelé, à travers un bref historique les fondamentaux sur l’Accord de Paris.

Après avoir redit l’importance du REDD+ qui doit conduire vers une gouvernance plus soutenue de l’activité forestière en accord avec l’ensemble des acteurs de la filière pour augmenter les fonds dans les caisses, M. Moulombi, a invité tous les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de coopération internationale et régionale à davantage faciliter la mobilisation de ressources, non seulement pour le financement des projets à fort impact social qui seront soumis dans le cadre de la REDD+ au Gabon, mais aussi, pour le renforcement des capacités opérationnelles des acteurs de la société civile. Il a terminé son propos en esquissant quelques recommandations dont la principale est la mise en place d’une commission chargée de mettre en pratique la stratégie REDD+ au Gabon.

Le Ministre de la Forêt, de la Mer et de l’Environnement, chargé du Plan climat, Pr Lee White, s’est focalisé sur la gouvernance climatique au Gabon et la situation exacte de la REDD+ au Gabon. Pour avoir accompagné le Président de la République dans sa campagne contre les changements climatiques onze (11) ans durant, c’est avec beaucoup de technicité que le Ministre a fait un rappel historique des actions contre les changements climatiques dans lesquelles le Gabon s’est engagé. Pour le membre du Gouvernement, le Gabon a fait des efforts énormes puisqu’aujourd’hui, la forêt émet beaucoup moins de CO2 qu’elle n’en absorbe en dépit du faible soutien de la communauté internationale.

Pour finir, il a exhorté les Ong à mettre la pression sur les bailleurs de fonds, sur la communauté internationale pour que les efforts faits par le pays soient reconnus en vue d’un plaidoyer sur la mobilisation des ressources financières.

Recommandations

Au PNUD

Optimiser le fonctionnement des différents cadres institutionnels et
organisationnel à la lumière d’une recherche/étude de Benchmark basé sur les
meilleures dispositions à travers différentes régions du monde) ;

Elaborer un programme central de renforcement des capacités en appui à
toutes les parties prenantes concernées ;

Elaborer et opérationnaliser une stratégie de mobilisation du secteur privé et
impliquer davantage les entreprises du secteur de l’agro-industrie ;

Discuter de la place et du rôle de la jeunesse dans la mise en œuvre du
programme pays ;

Mettre en place une plateforme d’échange direct avec les OSC des jeunes pour
une collaboration active et plus d’accès à l’information ;

Examiner la possibilité pour l’UFIGA de trouver un financement pour la signature de la convention de partenariat entre eux et le ROSCEVAC. Mobiliser les ressources et partenariat possible pour soutenir le renforcement de capacités de la jeunesse dans les OSC.

Au Gouvernement

Ministère de la Forêt, de la Mer, de l’Environnement, chargé du Plan Climat

Formaliser par un décret la création de l’instance décisionnelle de la REDD+ au
Gabon (administrations sectorielles, société civile, secteur privé, parlement) et
opérationnaliser ce comité directeur multisectoriel ;

Assurer la coordination intra-sectorielle (autres ministères) et avec d’autres
initiatives pertinentes;

Opérationnaliser les douze (12) recommandations du One Planet Summit,
réunion de très haut niveau (Chefs d’États, responsables des grandes
entreprises, banques, assurances, société civile, personnalités engagées dans
les actions pour le climat) ;

Mettre en place et opérationnaliser une cellule ou unité en charge des questions FLEGT/REDD+CERTIFICATION FORESTIERE ;

Mettre en place et opérationnaliser un observatoire national de suivi des
activités des filières forêt-bois-environnement et climat ;

Mettre en place et opérationnaliser une Task-force inclusive et multisectorielle
devant contribuer à la promotion effective de l’utilisation des outils de transparence et de bonne gouvernance, à la restauration de l’image des opérateurs économiques exemplaires impactés par les scandales à répétition dont l’affaire « KEVAZINGOGATE » est la dernière en date ;

Elaborer une stratégie pour l’économie, la croissance verte et les plans
d’investissements associés pour les dix (10) prochaines années ;

Elaborer une stratégie globale de mobilisation des ressources nécessaires à la
mise en œuvre de l’action climat au Gabon pour les dix (10) prochaines années ;

Accorder une priorité à l’opérationnalisation de la phase 2 du Programme
National d’Evaluation Environnementale des Sites Industriels et des Services
Environnementaux et Études connexes (PESISE) dont les études de faisabilité
ont été financées par la Banque Africaine de Développement (études déjà
remises au Gouvernement du Gabon);

Mettre en place et opérationnaliser une Task-force inclusive et multisectorielle
relative aux questions de la réforme sur la fiscalité environnementale telle que
préconisée par la Convention sur la Diversité Biologique ;

Réaliser une évaluation à mi-parcours des ODD et continuer à promouvoir via
le CAHOSCC et l’AMCEN une diplomatie climatique agissante au plus haut
niveau telles que préconisées par les plus hautes autorités du pays.

Au Ministère de l’Energie

Réaliser le plan de transition énergique du Gabon dans le cadre de l’action climatique ;

Continuer à soutenir les stratégies et projets en faveur de l’utilisation des énergies renouvelables et notamment du solaire en impliquant au niveau entrepreneurial, les acteurs de la société civile au niveau de la maintenance desdites infrastructures ;

Continuer à soutenir les innovations en matière d’accès à l’eau pour tous en
relation avec les questions climatiques ;

Légiférer sur les droits humains en matière d’agroforesterie et sur l’exploitation
minière.

A la Société Civile

Accroitre la mobilisation des leaders de haut niveaux, la mobilisation des ressources en impliquant et facilitant le dialogue avec les acteurs du secteur privé ;

Mener les études sur les moteurs directs et indirects de la déforestation et les options stratégiques attenantes;

S’assurer de la duplication totale et permanente du cadre institutionnel et organisationnel international de l’action climatique (Secrétariat Permanent, fonds national REDD+, comités de pilotage, comité techniques, groupes de travail, groupes consultatifs, plateforme de réseautage, fora annuel, coordination de la mobilisation des ressources à partir des divers mécanismes, etc.) ;

Investir dans le développement des systèmes et outils de réseautage actif pour plus d’implication et de représentativité des parties prenantes ;

Signer un mémorandum, une charte et un code éthique avec les organisations
de la société civile afin de sécuriser la mise en œuvre des actions conjointes
qui lui seront déléguées ;

Mise en place d’une campagne de sensibilisation sur l’exploitation forestière ;

Faire un plaidoyer auprès des bailleurs de fonds internationaux pour mobiliser
les financements…

Sensibiliser les communautés locales dans la connaissance de leurs droits et
devoir : Amener les sociétés forestières à embaucher en priorité la main d’œuvre locale ;

Exhorter les entreprises du secteur forêt-bois à respecter scrupuleusement les
dispositions du code forestier ;

Organiser des ateliers spécifiques-genre à l’endroit des femmes pour échanger
entre elles afin qu’elles s’impliquent davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique ;

Renforcer les capacités des députés sur les statuts du REDD+ afin de les
amener à légiférer sur les droits des populations tributaires de forêts ;

Encourager l’ adhésion des jeunes à l’Observatoire National de la Jeunesse pour le Climat (ONJC).

GI/YKM/MKKE/FM/19