Primaires sénatoriales : le deux poids deux mesures du PDG 

Pour avoir annoncé qu’il organiserait des primaires dans chaque circonscription électorale, afin de déterminer ses candidats aux élections sénatoriales des 30 janvier et 6 février prochains, le PDG, le parti démocratique gabonais au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle, semble avoir enfin marqué un grand coup. Certains de ses membres affirment même qu’il s’agit d’une décision inédite dans l’histoire des organisations politiques au Gabon. Pourtant des questions demeurent toutefois au-delà des apparences de démocratie.

Leno Koleba

Pourquoi les sénatoriales sont-elles, la seule élection pour laquelle, le PDG est curieusement prêt à organiser des primaires ? La réponse est à chercher dans le mode même du scrutin. L’élection des sénateurs obéit à un mode de suffrage universel indirect dont les seuls électeurs ne sont autres que les élus locaux, c’est-à-dire, des conseillers municipaux et départementaux. Il s’agit donc du collège électoral le plus réduit puisque 15 ou 20 conseillers peuvent suffire pour élire un sénateur, tout dépend de l’importance démographique d’un siège.

Les élus locaux ne constituant donc pas un collège électoral important, leur vote diverge rarement dans ce cas de figure, tout dépend de la ligne officielle du parti pour tel ou tel candidat. 

En instaurant le système des primaires, la hiérarchie du PDG sait d’avance qu’il n’y aurait pas de vote contre ses candidats, les “grands électeurs” que sont les élus locaux étant en quelque sorte des “responsables” locaux du parti, et donc des sages fidèles à la ligne officielle de ce dernier. 

Les primaires deviennent dans ce cas une espèce d’alibi destiné à donner les apparences d’une innovation ou d’une preuve de démocratie. Une stratégie visant à mieux légitimer la nomination par le président de la République d’un certain nombre des sénateurs dont on ne sait jusqu’ici, ni la proportion, ni la représentativité par parti politique ou par circonscription électorale.

Le deux poids deux mesures 

Mieux qu’une décision politique inédite au Gabon, il s’agit d’une simple stratégie électoraliste. Le parti démocratique gabonais qui n’a jamais organisé des primaires pour les scrutins au suffrage universel direct comme la présidentielle et les législatives, n’est pas encore prêt pour ce principe. Sinon comment expliquer que le candidat du parti à la présidence de la République soit toujours un candidat naturel à vie? Que les investitures des candidats à la députation se fassent toujours sur des logiques de copinage, comme ce fut le cas en 2018, mais que les candidatures des sénateurs, parce que votées par un collège réduit des “sages”, soient les seules à faire l’objet d’une primaire? 

La manœuvre visiblement semble trop grosse pour donner l’illusion d’un modèle de démocratie au PDG.