Nomination des sénateurs : le consensus violé

Même si le nombre des 15 sénateurs nommés par décret présidentiel est désormais connu, les initiateurs de cette réforme polémique n’en ont toujours pas expliqué l’intérêt aux Gabonais. Pourquoi nommer une partie d’élus dont la tradition démocratique impose plutôt le vote ? À quelle obédience politique vont-ils appartenir ? Quelle sera leur positionnement dans les débats “démocratiques” au Sénat?

Leno Koleba

A toutes ces interrogations, les défenseurs de la réforme ne répondent toujours que par le flou ou de fuites en avant, évoquant, sans sourciller, des exemples ayant cours ailleurs, notamment en Côte d’Ivoire et en Grande Bretagne.  Pourtant, la gêne politique, si elle existe encore dans ce cercle des “jusqu’au-boutistes”, est bien visible à travers un projet qui ne crée la polémique plus qu’il ne la dissipe. Et comme pour rajouter “l’infamie” à l’infamie, le nombre des 15 sénateurs concernés par ce genre de nomination sort même de l’ordinaire. Alors qu’on croyait qu’ils seraient issus des 52 jusque-là reconnus par la Constitution, selon le dernier découpage électoral, les 15 postes de sénateurs ont été créés, dans la panique, sans circonscription électorale, sans situation géopolitique dans le simple but de meubler, même subrepticement, les ambitions d’un passage en force sous le paravent d’une réforme constitutionnelle dont les populations ne connaissent jusqu’ici ni les tenants ni les aboutissants, le seul critère de nomination étant d’avoir servi l’État. Mais qui choisira-t-on de nommer et de laisser dans ce cas ? Pourrait-on aussi nommer comme sénateurs les anciens dignitaires aujourd’hui passés à l’opposition ? Sauf à s’y méprendre c’est un pari perdu.Visiblement, le Gabon de ces dernières années n’a pas fini de marcher à tâtons. 

Quid du dialogue politique d’Angondje

Après avoir consenti à réduire de 91 à 52, le nombre de sénateurs, lors du dialogue politique d’Angondje en 2017, le pouvoir a décidé de façon unilatérale de le revoir à la hausse, le portant désormais à 67 sénateurs. 

Comment peut-on alors vouloir la paix, quand le consensus de la “classe politique” se trouve être remis en cause par un seul camp? Et si la volonté de dialogue affichée par le gouvernement n’était au fond qu’un prétexte de légitimation de ces positions de faiblesse quand il est dos au mur ? Tout porte désormais à le croire. Car qu’il s’agisse de la pléiade des dialogues organisée avec les organisations syndicales ou avec les acteurs politiques, les engagements pris tardent toujours à prendre corps. Le constat est d’autant plausible que les organes issus de ces rencontres éprouvent des difficultés ahurissantes dans leur fonctionnement. Et les exemples du Comité du suivi des actes du dialogue politique d’Angondje ou encore du Conseil national de la démocratie qui battent depuis de l’aile sont assez édifiants. C’est en somme un consensus violé et bonjour les dégâts.