Mort mystérieuse des poissons dans la région de l’Ogooué entre Ndjolé et Lambaréné : la position du CENAREST

Libreville, 26 juillet 2019 (GabonInitiatives) – Un rapport de la direction technique de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) avait alerté depuis le 9 juillet 2019 sur la mort mystérieuse de plusieurs centaines de poissons dans la zone compris entre Lambaréné et Ndjolé le long de l’Ogooué. Dans cette zone, des centaines de cadavres de poissons étaient visibles à perte de vue. Dans la foulée, le Gouvernement de la République par la voix du Ministre en charge de l’Agriculture a communiqué de manière très pertinente et pris des mesures conservatoires (interdiction de la pêche dans la zone et invitation des populations à s’abstenir de consommer les poissons) en attendant que les scientifiques lui apportent des outils d’aide à la décision. Par le Professeur Daniel Franck Idiata (Commissaire Général du CENAREST).

Conformément à ses missions régaliennes, le Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CENAREST) s’est saisi du dossier et a mobilisé les chercheurs du Laboratoire d’Hydrobiologie et d’Ichtyologie de l’IRAF, qui se sont donc rendus sur place pour effectuer des prélèvements. Ils sont revenus à Libreville avec plusieurs dizaines de poissons et de litres d’eau qu’ils sont donc en train d’étudier.

En l’état actuel des investigations, rapport préliminaire des experts du CENAREST permet d’exclure quatre pistes :

1° L’hypothèse d’une pollution chimique au sens de la législation gabonaise, notamment la Loi n° 16/93 du 26 août 1993 portant Code de l’environnement relative à la protection et à l’amélioration de l’environnement (article 30) ne semble pas valide. Contrairement aux ragots rapportés sur les réseaux sociaux, il n’y a aucune donnée permettant d’orienter les investigations dans cette direction.

2° La dystrophisation définie par Mc Intyre et Holmes (1971) comme un déséquilibre provoqué par les apports anthropiques d’un excès de Phosphates et d’Azote avec pour conséquence, la minéralisation de la matière organique en excès s’accompagnant d’une surconsommation de l’oxygène dissous au détriment de la faune et de la flore, ne peut pas non plus être une piste viable au vu de l’étendue spatiale du phénomène.

3° La piste d’une infestation parasitaire massive des poissons est aussi écartée au regard des quantités au demeurant importante de poissons morts et de la diversité des origines spatiales des sites où l’évènement a été observé.

4° Aucun changement de végétation aquatique n’a été observé ou signalé ni par les scientifiques ni par les habitants, Ce qui exclut cette piste.

Les données disponibles en l’état actuel des investigations des chercheurs du CENAREST ne permettent pas d’identifier avec précision l’origine de la mort massive de ces poissons. Toutefois, un fait curieux a attiré leur attention, à savoir le fait que ce ne sont que les tilapias et seulement les tilapias (appelés « carpes » au Gabon) qui meurent. Aucune autre espèce de poisson n’est concernée et aucun autre élément de la faune. C’est pourquoi les chercheurs du CENAREST privilégient trois pistes de solution :

1° Une origine virale : l’origine de la mort de ces poissons peut être une maladie virale spécifique spécifiques aux tilapias causée par le virus TiLV (Tilapi Lake Virus). Cette hypothèse est très probable au regard des cas similaires relevés dans le monde.

2° Un empoisonnement alimentaire par une micro algue toxique : on sait que l’alimentation des tilapias comprend aussi et surtout des micro algues. On peut donc supposer qu’une micro algue se soit développée dans la zone et que cette micro algue a pu être consommée par les tilapias, qui en sont donc morts. Ce poison ne tuerait que les tilapias et pas les autres poissons pour des raisons que l’étude devra démontrer, si cette hypothèse est vérifiée.

Il est important de préciser que si le CENAREST dispose de compétences certaines pour étudier cette question et donner au Gouvernement des outils d’aide à la décision, il reste que le plateau technique de cette institution est totalement insuffisant. Il faudra alors envisager une mission internationale auprès de structures mieux équipées, en France par exemple. Les chercheurs du CENAREST sont en ordre de bataille, en attente de financements nécessaires.

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GI/DFI/FM/19