Lutte contre la corruption : un combat ambigu !

Le dernier conseil des ministres du vendredi 20 novembre dernier a décidé du renforcement des pouvoirs de la commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite pour mieux lutter contre ce fléau donc la persistance gangrène l’action publique. Pourtant, malgré les décisions empilées par strates, les détournements d’argent public, les dessous de table semblent toujours monnaie courante au Gabon. 

Leno Koleba

Plus qu’une vue de l’esprit, l’impression laissée par les slogans anti-corruption, distillés à souhait est celle d’un combat difficile voire perdu d’avance au regard des pesanteurs qui l’entourent. Les campagnes de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite s’enchaînent avec tous les éclats qui les accompagnent. Mais l’enlisement aidant, la lutte a fini par laissé un sentiment de sur-place, un goût d’impuissance face un mal qui pourtant prend racine dans les mentalités, dans l’organisation de nos concours, nos consultations à l’hôpital, nos services dans les administrations. Bref, comme tous happés par un mal qui tient la société par le collet, la corruption a fini par imprégner nos actions au quotidien. Qui n’a jamais payé pour obtenir un service pourtant gratuit ? Quel cadre de la République n’a jamais payé ou passé un coup de fil pour faire admettre son parent au concours de Douanes, à l’ENA, à l’EPCA, pendant que les enfants des pauvres, faute de moyens et de “longs bras”, eux sont recalés ? 

Et combien de ces gens se sont déjà retrouvés derrière les barreaux pour avoir agi ainsi ? Quel responsable d’administration n’a jamais détourné un seul centime des crédits mis à sa disposition pour le fonctionnement de son administration ? Combien a-t-on envoyé en prison au nom de la lutte contre l’enrichissement illicite ? Combien ont-ils remboursé à l’État ? “Mamba” en 2017, “Scorpion” en 2020, combien ces opérations lancées en fanfare ont-elles permis de retourner dans les caisses du trésor public ? Qu’a-t-on fait des centaines de milliards FCFA qui auraient été saisis chez l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Bruce Laccruche Alihanga et toute la compagnie ? 

A ces questions, l’économiste et ancien premier ministre, Raymond Ndong Sima, qui reconnaît pourtant la pertinence du combat contre la corruption et l’enrichissement illicite, pointe le manque de transparence du gouvernement. Un manque de transparence considéré comme une force rétrograde  d’un combat pourtant noble, alors que Gabon est classé 29e pays africain le plus corrompu. Un classement d’ailleurs confirmé par la commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite qui révèle que 80% de détournements des deniers publics et des actes de corruption proviennent des administrations publiques. Or, le constat fait c’est qu’au lieu d’envoyer tout ce monde-là en prison, et de le contraindre de rembourser l’argent volé, il y a une forme de deux poids deux mesures. On envoie à Gros bouquet que ceux dont on voudrait qu’ils y soient, parfois pour des désidératas politiques, avant de les en sortir quelques mois ou années plus tard, parfois incognito et l’affaire est classée.