Loyers : l’économie hors de contrôle

S’il y a un pan de l’économie qui échappe au recouvrement du trésor public au Gabon, c’est bel et bien le secteur du loyer. En dehors de toute réglementation, il fait la pluie et le beau temps des bailleurs exemptés de toute taxe applicable pourtant sur toutes les activités commerciales.

Leno Koleba

Si on conçoit que tout ce qui n’est pas réglementé est informel, le secteur du loyer n’échappe pas au principe au Gabon. Cet informel est la résultante de l’incapacité de l’Etat à réglementer un secteur économique dont l’apport aurait contribué à élargir les recettes publiques.  Entre la cherté du matériel de construction, la vente et la viabilisation de terrains, les particuliers qui parviennent malgré tout à construire leurs maisons n’ont souvent pour premier réflexe que de fixer le coup du loyer à un seuil à leur convenance. Parfois au mépris même du standard de maisons. Pour eux, il s’agit d’un moyen rapide de récupérer leur investissement.

Malgré de vaines tentatives, le gouvernement qui, sous les feux de critiques, a tenté d’imposer une grille de coûts tenant compte du type de maison n’est jamais parvenu à peser sur ce dossier. Un dossier visiblement mineur pour les autorités dont l’incapacité en matière de construction de logements sociaux a favorisé la spéculation des bailleurs sur les coûts de loyers dans un pays où le chômage de masse flambe. Des loyers pour l’essentiel sans contrat de bail, avec des litiges récurrents entre bailleurs et locataires. Et dans ce business hors de contrôle, sont apparus de nouveaux acteurs, des démarcheurs qui s’improvisent Agents immobiliers, sans expertise et sans siège local. En plus du loyer à payer au propriétaire, le locataire doit également verser à ces derniers, 50% du loyer. Ce qui lui revient encore plus cher. 

La situation, visiblement ne semble pas émouvoir les gouvernants dont certains, parfois avec l’argent détournés dans les administrations publiques, sont devenus des bailleurs avec des cités entières. Comment peuvent-ils alors scier la branche sur laquelle ils sont eux-mêmes assis ?

Pourtant les difficultés constatées lors du règlement des loyers de certains ménages défavorisés dans la lutte contre le Coronavirus l’année dernière auraient pu emmener les pouvoirs publics à rectifier le tir, mais la situation décidément ne urge pas bien qu’elle constitue davantage un goulot d’étranglement pour de nombreux ménages.