Elections couplées à Moabi : Le PDG, l’arbre qui cache la forêt ?

Moabi, 10 octobre 2018 (GabonInitiatives) – « Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font » disait l’historien comme pour nous avertir que nous posons certes des actes au quotidien, mais ne nous interrogeons pas souvent sur les conséquences desdits actes. La politique définie par Aristote comme l’art de gérer la cité, au sens de « bien gérer la cité », est subitement devenue une pratique mafieuse où ceux des responsables qui disent détenir leur pouvoir du peuple, rusent malheureusement avec celui- ci au point qu’il s’installe un désamour palpable entre les deux entités. Le parti au pouvoir, le PDG (Parti Démocratique Gabonais) , à qui l’on reproche non seulement le temps mis aux affaires, mais aussi et surtout sa manière de gouverner le pays, semble l’apprendre à ses dépens à l’occasion des dernières élections couplées, législatives et locales, au vu des résultats obtenus dans certaines localités du pays. Nous nous appuyerons sur Moabi pour que l’effet boule de neige nous conduise dans toute la province de la Nyanga et puisse nous amener, à tirer des enseignements, s’il est inscrit dans notre logique que le bien- être des populations est vraiment ce qui guide notre action : Par Yorick KOMBILA MANFOUMBY.

L’histoire politique du Gabon n’oubliera jamais ce que la localité de Moabi a offert comme contestataires, tout comme d’ailleurs la province de la Nyanga. Le référendum de 1958 restera une parfaite illustration : devant des populations à qui l’on demandait de se prononcer pour la communauté ou l’indépendance, les enfants de cette province avaient purement et simplement rejeté la première formule, ce qui leur avait valu, parlons- en, non pas pour que cela fasse tache d’huile, au risque d’aller remuer les poubelles de l’histoire, mais pour que chacun d’entre nous sache quel a été le parcours de notre pays face aux exigences de développement faisant l’objet aujourd’hui d’une récupération politique. Faites un détour par la ville de Moabi pour vous rendre compte que le développement dont on parle ici n’est pas encore et réellement d’actualité en ces lieux qui ont pourtant vu naître d’éminents intellectuels et hommes politiques dont il n’est pas commode de citer les noms, eu égard au fait qu’il aurait été préférable que ce soit la « nation » tout entière qui leur reconnaisse leurs mérites.

Que dirait-on des Alexandre Biangué, Edouard Mossot et autres Moubamba Nziengui ? Renseignés sans doute sur la vie et l’œuvre de ces illustres personnalités que l’histoire nationale passe sous silence pour privilégier des personnages anonymes et corrompus, nos enfants auraient pu comprendre qu’une élection repose d’abord sur une affaire de collusion du potentiel élu avec les populations à la manière dont le concevait le général de Gaulle, avant que d’ensuite être une question de contact direct de l’électeur avec l’urne. Depuis, trop d’eau a coulé sous le pont au point de laisser les populations s’interroger sur leur sort quotidien et sur l’opportunité de se laisser aller au discours démagogique, elles, qui n’attendent plus des hommes politiques, contrairement à un passé récent où elles paraissaient encore naïves, qu’ils soient leurs porte-voix.

N’est- ce pas ce qui les a conduites à passer le plus clair de leur temps à observer et attendre les échéances actuelles pour donner un signal fort, nous allons dire très fort aux plus hautes instances du pays ? Quand elles ont clairement choisi d’accorder l’essentiel de leurs suffrages à l’opposition idéelle portée par une personnalité qui incarnerait l’avenir, Bruno Ben Moubamba, que des journaux ont présenté à sa sortie du gouvernement comme un « fou », alors que tout le monde savait qu’il s’évertuait à s’occuper de la satisfaction des Gabonais en matière de logement et à lutter contre l’occupation anarchique qui favorisait des gens déjà nantis face aux défavorisés.

N’est- ce pas cette lecture qui a conduit les populations de Moabi à voter massivement Ben Moubamba aux législatives, lui accordant 36% des suffrages, face au Pédégiste Hyacinthe Mamboundou qui s’est retrouvé contre toute attente avec seulement 22%, et promettre au second tour d’accorder plus de 80% à l’ancien titulaire du département de l’Habitat sous le gouvernement Issoze Ngondet II ?

Comme effet boule de neige, l’opposition dans la ville de Moabi et ses environs semble livrer un message qui ne trompe pas l’observateur, puisqu’amenant Bonaventure Nzigou Manfoumbi en ballotage favorable face à son adversaire Pédégiste. Cailloux, la situation du parti au pouvoir quand on sait la collusion, une fois parfaite dans l’histoire du département où l’opposition ayant tenu une réunion stratégique portant sur la conduite à tenir lors du second tour de ces élections sur lesquelles les populations veillent avec la plus grande prudence. ACR, FER, RNB et Les Démocrates, se sont en effet retrouvés autour d’une même table aux fins d’envisager une redistribution des postes au sortir d’une victoire qui leur est très proche, s’accordant sur le fait que le ministre Bruno Ben Moubamba soit, lui, porté à l’Assemblée nationale en qualité de député, que la Mairie de Moabi échoie, elle, au RNB du Professeur Pierre- André Kombila- Koumba, que Bonaventure Nzigou- Manfoumbi soit, lui, plébiscité pour conduire les affaires nationales pour le compte du canton Migamba Yara Mourindi à la première chambre du Parlement gabonais en tant que député, tout cela afin d’exiger que le Fonds d’investissement et de développement mis en place par le chef de l’Etat n’aille plus servir des ambitions personnelles, mais soit mis à contribution pour investir dans les différentes localités de la Douigny, pour ne pas dire du pays, et permettre au projet de société du président Ali Bongo Ondimba de réellement voir le jour ainsi qu’il le souhaite vivement. Même s’il faut qu’il soit obligé de le faire avec des opposants, lui- même étant convaincu plus que jamais, qu’il doit composer avec tout le monde, l’essentiel pour lui étant de bâtir un Gabon à la hauteur de ses ambitions.

« Séraphin Moundounga qui maintenu la Douigny longtemps dans le PDG n’a rien fait pour développer Moabi à tel point que nous avons décidé d’essayer avec d’autres fils du village en sanctionnant le parti au pouvoir. C’est un vote désintéressé car, le PDG a failli», a déclaré  Guy Roger cadre et natif de la Douigny joint au téléphone par notre rédaction.

Comment ne pas réfléchir ainsi à la vue des résultats de l’ensemble d’une province dont la capitale Tchibanga laisse entrevoir curieusement une bataille âpre entre Pédégistes et opposants sur tous les deux sièges de la commune, en même temps qu’à Mayumba qui a bénéficié et pourtant de quelques faveurs, nous n’en voudrons pour preuve que le pont sur la Banio, ce que l’on qualifierait d’effet « Ngoubou » semble avoir fait son effet, l’opposition Les Démocrates conduite par l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, l’ayant emporté devant le PDG, quant à Mabanda dans la Doutsila, le député sortant du PDG, Emmanuel Idoundou, était contraint au second tour par le candidat Les Démocrates, Mabicka Ibiatsi, et qu’à Mongo, Jonathan Ignoumba du même parti, bien sur sa terre, convoquait le Pédégiste Chrysante Mabiala à qui il promet avec le soutien des populations le pire, à un tour fatidique.

Si les choses se passaient comme on les entrevoit, le PDG qui s’en tire au premier tour avec 4 élus contre 1 à Mayumba par exemple, se retrouverait en minorité dans cette province acquise depuis la nuit des temps à l’opposition et sur laquelle il faut plutôt réfléchir aux moyens de l’adopter par son arrimage au développement et sa dotation en hommes politiques capables non seulement de fédérer, mais aussi de porter haut le flambeau qu’ils détiendraient logiquement des leurs, sans aucune allure démagogique. Ce qui conforterait le PDG dans son affirmation de parti national de masse et consoliderait les assises du président de la République, chef de l’Etat, à travers le pays, y compris dans des provinces réputées frondeuses.

GI/YKM/FM/NN/18