Éducation : Quand Patrick Mouguiama-Daouda enfonce les élèves…

Si les carences du Gabon en matière d’éducation étaient jusque-là “normales”, la crise du Coronavirus aura suffi à les renforcer. Confronté à une insuffisance notable d’établissements scolaires, le gouvernement qui ne peut réduire le nombre d’élèves par salle de classe comme l’exige le protocole sanitaire, a trouvé une solution : deux à trois séances de cours par semaine et par niveau.

Leno Koleba

” Gouverner c’est prévoir “, dit l’adage. Un adage pourtant ignoré par certains gouvernants. Pour n’avoir pas anticipé la démographie sans cesse croissante des élèves, qui affluent chaque année vers le primaire et le secondaire, le gouvernement gabonais est désormais comme pris au piège de sa propre incurie. En pleine lutte contre la pandémie de Coronavirus qui impose des restrictions comme la distanciation physique, le Gabon qui souffre d’un déficit criard d’écoles, est confronté à un défi de taille : la réduction au moins à 20 du nombre d’élèves par salle de classe. Incapable de tenir ce pari, le ministre en charge de l’éducation nationale, Patrick Mouguiama-Daouda, qui n’a prévu que 60 apprenants par salle de classe, semble avoir trouvé une solution “magique”, la limitation des cours à trois séances par semaine pour chaque niveau. 

Pour y arriver, l’administration de l’éducation nationale a dû jongler ici et là pour réduire de moitié par exemple, le volume horaire hebdomadaire de certaines disciplines fondamentales comme les mathématiques, le français, la biologie, la chimie, etc. C’est ainsi que les disciplines qui avaient 6 heures par semaine, se retrouvent avec trois heures. Pour compenser le déficit de ce volume horaire, l’année scolaire qui fonctionnait jusqu’ici sous le modèle des trimestres (trois au total), sera désormais divisée en deux parties égales de quatre mois chacune (quatrimestres). Avec ce modèle, l’année scolaire compte désormais huit mois au lieu de neuf comme auparavant.

Manifestement, un tel arbitrage qui consiste à sauver les meubles, ne va pas sans porter atteinte au niveau des élèves déjà gravement éprouvé par le Coronavirus, après huit mois de gel de cours. Surtout au regard du niveau au rabais de l’école gabonaise depuis plusieurs années. Une école qui privilégie les admissions de masse au détriment de la qualité, en envoyant chaque année vers des niveaux supérieurs, des bataillons importants d’élèves, alors que la construction des établissements, elle ne semble pas au rendez-vous. Or, depuis les états généraux de l’éducation en 2010, le gouvernement qui met toujours la charrue avant les bœufs, a pris plusieurs mesures pour l’essentiel très controversées comme la condition de 12 de moyenne au baccalauréat pour bénéficier d’une bourse d’études. Ou encore le calcul de la moyenne du bac sur la base des contrôles de classe. Mais comment exiger un tel meilleur aux élèves qui ne disposent pas d’un cadre propice à ce résultat ? À cette question, les autorités qui n’ont jamais apporté une réponse raisonnée, réalisent aujourd’hui le tort du temps perdu dans un pays producteur de pétrole depuis des décennies, mais dont l’investissement en matière d’éducation n’a pas tenu le cap. Peut-être que les priorités sont ailleurs.