Dette intérieure : un audit et des doutes !

L’audit commandé par le gouvernement sur la dette intérieure de l’État a laissé paraître de graves manquements qui devraient en principe conduire en prison, plusieurs cadres de l’administration publique. Sur 70% des documents et travaux examinés sur le terrain, soit environ 559 milliards FCFA, les auditeurs ont décelé que 370 milliards relevaient d’une fausse dette.

Leno Koleba

L’ampleur du scandale, s’il était avéré, est telle que, sous d’autres cieux, certains responsables d’administration auraient déjà fait l’objet d’interpellations. Surtout en pareil contexte de lutte contre les précarisations et autres malversations financières. Mais comment auraient-ils pu l’être si jusqu’ici l’exécutif n’a pas encore donné le ton? La justice au Gabon ne bouge que lorsque du sommet de l’État, le notamment le président de la République manifeste l’intérêt d’en finir avec des présumés criminels financiers. Et les exemples de cette nature sont légion. Soit ! Toujours est-il que l’audit commandé par décret présidentiel du 20 juin dernier sur la dette intérieure publique, révèle que le trésor public a réglé jusque-là des sommes pharaoniques à la plupart de ces entreprises. Sommes indues puisque basées sur de fausses factures. Mieux, cet audit réalisé par un groupe interdisciplinaire composé des Commissaires aux Comptes,  responsables des régies financières, experts en Travaux publics,  Juristes, etc. révèle que sur 70% de dette auditionnée, soit plus de 559 milliards FCFA, 370 milliards relèvent de la malversation. Mais sur un total de 650 milliards de FCFA de dettes auditionnées, 440 milliards injustifiés ont déjà été annulés. En gros, l’essentiel de la dette locale est fausse. Le travail de ces experts s’est focalisé aussi bien sur des documents mais aussi sur des vérifications de l’exécution des travaux par des entreprises sur le terrain.

Questions, sur quelle base cette dette a-t-elle pu être établie ? Comment alors justifier que lesdits montants ont échappé aux organes étatiques de vérification ? Y a-t-il eu une chaîne de complicités à l’intérieur même de ces administrations ? Et pourquoi les responsables de ces décisions n’ont-ils pas encore été inquiétés à ce stade des travaux de l’audit qui tirent pratiquement à leur fin? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas, par souci de transparence, publié la liste nominative des entreprises concernées par cette tricherie aussi gigantesque ?

Et si l’audit n’avait jamais existé ? Une question peut-être provocatrice, mais non moins pertinente. Surtout au regard du flou qui règne dans cette affaire mais également des actuelles difficultés de paiement du gouvernement. Lequel gouvernement, pour tenter de se dérober de ses créances, peut être tenté d’user de fourberies sous le paravent d’audit. Pourquoi après tant d’années d’insolvabilité, chose qui a poussé de nombreuses entreprises à mettre la clé sous le paillasson, le gouvernement, comme par magie d’une trouvaille, pense-t-il en dernier recours à un audit qui aurait pourtant dû être réalisé depuis le début ? A y regarder avec un certain recul, il y a manifestement anguille sous roche dans ce dossier d’une extrême gravité et dont les pertes se chiffrent en milliards de FCFA, alors que les priorités des besoins primaires des populations souffrent de réalisation faute d’argent.