Démocratie au Gabon: Rapport général de la journée d’échanges du GREPOD

Libreville, 8 juillet 2018 ( GabonInitiatives) – Vendredi 06 juillet 2018, s’est tenue une journée d’échanges organisée par le Groupe d’Etudes politiques et de Défense (GREPOD) sur le thème « Rituel du vote, représentation nationale et démocratie au Gabon »: rapport intégral.

Outre les universitaires, participaient à cette journée les organisations internationales, les membres de la société civile et les acteurs politiques gabonais.

La tenue de cette journée n’a pu se faire qu’avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie par son Bureau régional d’Afrique centrale (BRAC). Cette journée s’est déroulée de manière suivante : une cérémonie d’ouverture, suivi des panels et des tables rondes. Ces deux activités ont été encadrées par deux leçons inaugurale et conclusive.

La tradition des résultats électoraux contestés, des crises postélectorales, des violences postélectorales, etc… donne à penser que l’organisation des élections et l’acceptation des résultats qui en découlent ne valident pas l’idée d’une démocratie mature. Le thème retenu pour la journée d’échanges constitue un prétexte pour jeter, eu égard à la multiplicité des intervenants impliqués dans les discussions, un regard multiforme sur la question.

L’intérêt de la journée d’échanges sur le thème « Rituel du vote, représentation nationale et démocratie au Gabon » se situe au niveau du bilan d’étape qu’il faut poser pour mieux envisager des corrections nécessaires pour une bonne pratique démocratique. La rencontre entre les universitaires, les acteurs impliqués dans l’observation électorale, les acteurs politiques, etc…est donc opportune.

L’objectif de cette journée d’échanges est de faire l’état des lieux des connaissances du phénomène électoral au Gabon, entre spécialistes, acteurs politiques et personnes s’intéressant aux questions électorales.
Un certain nombre d’hypothèses ont été soulevées pour servir de fil conducteur aux échanges qui ont eu lieu pendant la journée :

1- Tous les principaux acteurs impliqués dans le processus électoral n’ont pas un cadre d’interprétation commun qui facilite un processus électoral apaisé.

2- Les réserves de certains acteurs sur le dispositif institutionnel taillé pour l’organisation des élections déteignent sur les institutions qui en résultent.

3- Le non-respect des échéances électorales désorientent et démobilisent le citoyen.

Pour revenir sur le déroulé de la journée, il faut préciser que la cérémonie d’ouverture a été marquée les allocutions respectives du Directeur du GREPOD, du Directeur de l’IRSH et du Commissaire Général du CENAREST.

Au sujet de la leçon inaugurale intitulée Sur quelques ponts-aux-ânes électoraux : Ce que voter veut dire et pourquoi il n’existe pas de « meilleur » mode de scrutin présentée par le Pr. ROSSANTANGA-RIGNAULT, l’orateur a fait l’historique de la notion de vote et s’est appesanti sur le débat autour des modes de scrutin. Au final, après une démonstration soutenue, il affirme que le vote n’est qu’un simple instrument et que le meilleur mode de scrutin est celui qui, correctement organisé et ayant permis au plus grand nombre possible de s’exprimer librement, a permis la désignation d’un parmi plusieurs, lequel désigné assumera le magistère de tous sur tous.

Ensuite s’est ouvert le premier panel intitulé « Autour du vote » comprenant six communications. Le Dr Kanel Engandja Ngoulou a exposé sur L’Observation électorale : son rôle et son impact sur l’évolution démocratique en Afrique. Pour lui, l’observation électorale est apparue comme un outil précieux pour soutenir et promouvoir les élections en tant qu’élément essentiel de la gouvernance démocratique durable. Mais il reconnait que cette observation (nationale et internationale) électorale n’a pas eu un impact pertinent sur l’évolution démocratique en Afrique demeure problématique.

Au sujet du thème Voter en Afrique : sens, enjeux et questions structurantes présenté par Dr Patrice Moundounga Mouity, l’orateur s’est interrogé d’abord sur le rapport à la démocratie électorale de l’identité, puis du pouvoir de l’argent dans le processus électoral avant d’évoquer les questions de l’abstentionnisme électoral et l’influence supposée des anciennes métropoles coloniales.
Dr Flavien Enongoué, à travers Le soleil électoral brille davantage à l’Est : Analyse de la configuration géographique du vote PDG (2008 – 2018), démontre que, pendant ces dix dernières années, trois provinces du Gabon, située géographiquement à l’Est, ont systématiquement voté pour le Parti démocratique gabonais, parti au pouvoir. Mais il se demande si, en inscrivant son étude sur une longue durée, il pourrait arriver au même résultat.

Dr Wenceslas Mamboundou dont la communication a porté sur Considérations théoriques pour une analyse du sens et des fonctions des élections en Afrique a posé les bases théoriques d’une analyse du sens et des fonctions des élections dans les processus de démocratisation et de consolidation de la démocratie.

Maitre Bertrand Homa Moussavou, quant à lui, a traité de la connivence des rapports entre les forces de sécurité et le pouvoir politique. Sa communication avait pour titre : « Dépolitiser » les forces de sécurité : un vœu cornélien?

Dr Lucien Manokou a, pour sa part, lancé des pistes de réflexion sur la question de la participation des forces de sécurité et de défense dans le processus électoral de 1990 à 2009. L’enjeu ici se situe, entre autre, au niveau de l’encadrement législatif et réglementaire de cette participation.

La première table ronde, avec pour thème Accompagnement pré et Post électoral a réuni les représentants de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), du Bureau régional des Nations unies en Afrique centrale (ONUCA) et un membre de l’ONG GURONDE SENE. Les deux premières ont situé les participants sur le niveau de leur implication dans les cycles électoraux. Il ressort que leur implication est multiforme et assujetti à la demande des Etats souverains. Quant au représentant de l’ONG, après avoir fait part de son expérience nationale et internationale dans l’observation électorale, il a relevé que le but des activités de sa structure est l’édification d’un processus électoral pacifique et crédible au Gabon.

Le Panel II, intitulé la représentation nationale a fait l’objet de quatre communications.

Dr Télesphore Ondo a ouvert les débats avec le thème portant sur La Cour constitutionnelle gabonaise est-elle au-dessus de la Constitution ? Essai d’analyse de la décision n°22/CC du 30 avril 2018. Dans son propos l’orateur pense que la décision de la Cour constitutionnelle constatant la cessation du mandat des députés constitue une de ces facettes les plus méconnues, celle de créer le droit et de réguler les institutions.

Pour sa part, M Ghislain Claude Essabe dont la communication portait sur L’administration parlementaire et les dynamiques du perchoir dans l’espace francophone : cas du Gabon depuis la VIIIème législature (1990 – 1996), s’est interrogée, à ce stade de sa recherche, sur la vulnérabilité de l’administration parlementaire francophone par rapport aux législatures sujettes aux soubresauts des cycles électoraux et la politisation de l’administration parlementaire de façon spécifique.

Sur un autre aspect, le Dr Chantal Midzie Abessolo dont la communication portait sur Genre et représentation nationale : Le féminisme politique à l’épreuve du scrutin législatif de 2018, a situé la future élection législative comme galop d’essai dans l’histoire de la présence féminine au sein de l’hémicycle gabonais.

Dr Nicaise Ondo, en parlant des députés au Gabon : conditionnalité et garanties juridiques s’est intéressé aux conditions de fond et de forme pour l’élection des députés et des garanties juridiques et matérielles des députés. Pour lui, ces éléments rendent compte d’une certaine manière du processus de professionnalisation du personnel parlementaire gabonais.

La seconde table ronde qui avait pour thème Pratique et vécu du parlementaire gabonais et réaménagement de l’ingénierie électorale issu du dialogue politique a rassemblé des parlementaires qui ont émis trois idées.

La première idée porte sur l’engagement politique des parlementaires qui est guidé par la volonté de parvenir au pouvoir et d’y rester. La deuxième idée, liée à la perception du dialogue politique d’Angondjè, fait ressortir des points de vue dégagés soient contradictoires. Alors que certains y ont vu une réussite, d’autres l’ont considéré comme une occasion manquée dans la mesure où il n’a pas permis de réconcilier les différents acteurs du processus électoral de 2016.

Enfin, la troisième idée est que les parlementaires sont attachés aux valeurs cultuelles de la société gabonaise, mais également à la discipline politique de leur parti.

Le troisième panel, qui portait sur le processus démocratique au Gabon, s’est poursuivi avec six communications.

Dr Sylvain Nzamba a ouvert la série avec une communication dont le thème portait sur Gouvernance politique et implication des femmes au Gabon : Radioscopie d’une démocratie de petites avancées et de grandes reculades. Pour lui, l’implication des femmes en politique Gabon est caractérisée par deux péchés qui sont le Péché du seuil maximum de représentativité féminine et le péché de l’inféodation phallocratique des femmes promues. Pour apporter des corrections il faut envisager la fixation des quotas, l’instauration de la parité et l’organisation des campagnes de sensibilisation.

Dr Fortuné Matsiengui Mboula a exposé sur L’abstention électorale au Gabon : les acteurs et les motivations. Bien que le vote soit un moyen d’expression important pour chaque citoyen on remarque au fil des élections un fort taux d’abstention. Dans son propos, l’orateur a révélé la catégorie des populations qui s’abstiennent le plus et leurs motivations.

Dr Godfroy Nzengue dont la communication portait sur le thème Population électorale, corps électoral et élections politiques au Gabon (1990-2016) : de la discorde au mythe de Sisyphe, s’est interrogé si l’interaction entre le modèle de démocratie fantasmé et normatif, et l’expérience de démocratisation, dans la culture politique gabonaise a généré et stabilisé, dans une forme spécifique et identifiable, une variété originale de démocratie. Il arrive à la conclusion selon laquelle l’expérience de démocratisation a trouvé son modèle ; il s’est cristallisé au cours du dernier quart de siècle : les compétitions électorales se soldent par des crises volontairement construites et l’instrument de leur dépassement est le dialogue. Ce scénario est devenu répétif au grand dam des utopies populaires.

Dr Wenceslas Mamboundou s’est intéressé à la fonction éducatrice ou socialisante des élections dans le sens où elles contribuent à l’apprentissage de la démocratie. Autour de l’acte du vote, on peut y déceler les formes de l’enracinement des citoyens à la démocratie. Rappelons que sa communications s’intitulait l’enracinement populaire du vote : une analyse des instruments électoraux et des incitatifs de la mobilisation électorale sur les pratiques démocratiques des citoyens.

Le Pr Simon Pierre Mvone Ndong qui a exposé sur : Du romantisme démocratique ou la démocratie et ses ennemis affirme que la rationalité n’existe pas dans la démocratie à la gabonaise et l’élection, qui est l’un des piliers de ce système, est tronqué par les mécanismes d’enrôlement des populations.

Archange BISSUE BI NZE dont la communication portait sur La marchandisation du vote, un moyen de socialisation démocratique au Gabon, pense que l’analyse du projet politique d’un candidat par les populations-électeurs est quasi-inexistante, ce qui compte, l’un des critères pertinent, c’est la marchandisation et surtout, la monétarisation du vote.

Pour la fin des travaux, une leçon conclusive a été prononcée par le Pr Fweley DIANGITUKWA sur le thème De la démocratie parlementaire à la démocratie participative : Place et rôle des électeurs. Dans son propos, il affirme que les partis politiques se sont emparés de tout le système politique en laissant la société civile à l’extérieur de la « boite noire ».

Les partis politiques sont ainsi devenus la seule référence de l’action politique et les seuls décideurs de l’avenir politique de la nation. C’est pourquoi il propose de s’orienter vers une multiplicité de nouveaux dispositifs participatifs de régulation qui servent de repères parce qu’ils relancent la dynamique de la participation citoyenne à la prise de décision collective et à l’action publique. Et l’Afrique qui semble toujours en marge de ce genre de processus, est dépositaire d’un système participatif par l’entremise de l’arbre à palabre où tous les membres de la communauté peuvent s’exprimer librement.

GI/18