Déclaration de biens : le mauvais exemple du gouvernement

Depuis la déclaration de biens de Julien Nkoghe Bekale en novembre dernier devant la commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, pour montrer l’exemple en tant que premier ministre, aucun autre membre du gouvernement ne lui a emboité le pas. Un geste qui peut être assimilé à un mauvais exemple du pouvoir qui prétend lutter contre le gaspillage de fonds publics.

Leno Koleba

Alors qu’on s’attendait à un branle-bas de tout le gouvernement à la suite de la déclaration de biens du premier ministre, Julien Nkoghe Bekale, rien n’a suivi jusqu’ici. Ni les ministres ni les autres responsables administratifs, personne n’a semblé suivre l’exemple du chef de l’administration. Pire, même son successeur, Rose Christiane Ossouka Raponda, nommée en juillet dernier, n’a daigné se plier à l’exercice. Toute chose qui, visiblement fragilise le travail de la commission de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, mise en place avec le soutien actif des organismes internationaux comme le fonds monétaire international (FMI) et la banque mondiale (BM), afin de lutter contre les détournements d’argent public qui obèrent les efforts de développement du Gabon. Malgré l’obligation faite par la loi à tout membre du gouvernement et autres cadres de l’administration de déclarer ses biens au moment de la prise et de la cessation des fonctions, cette obligation reste à ce jour foulée au pied. Surtout au moment où le Gabon se dit être engagé contre la corruption et les détournements d’argent de l’Etat. La défiance presque généralisée de cette obligation, renforce auprès de la population, le sentiment que les malversations financières enregistrées jusque-là au sommet de l’Etat, semblent une norme bien ancrée dans la gestion de la chose publique au Gabon, personne n’étant absolument préoccupé par cette exigence. Et l’idée de tous pourris demeure dans la conscience des citoyens qui n’ont que leurs yeux et leurs oreilles pour voir et entendre les scandales de corruption et de prévarications qui éclatent presque chaque année au sommet l’administration.

Tout cela avec des opérations telles que « Mamba » ou « Scorpion » dont la théâtralisation médiatique une fois passée avec de soupçons de machination politique, laisse place au doute et au silence quant à la suite judiciaire de ces différents dossiers. Des efforts vains Pour preuve, la douzaine de noms transmis au parquet de Libreville par la Commission de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite depuis plus de deux ans, est restée jusque-là sans suite.

Comment alors lutter efficacement contre le vol d’argent public quand cette volonté apparemment de façade reste malmenée par ceux-là même qui prétendent aller en croisade contre ce mal résiduel? Comment enrayer la corruption et les détournements d’argent de l’Etat par une commission qui, depuis sa création en 2003 ne s’est pas véritablement illustrée par un travail remarquable ? Comment expliquer que les autres membres du gouvernement n’aient pas jusqu’ici déclaré leurs biens, après l’exemple, du moins en apparence montré par Nkoghe Bekale ? Et pourquoi ne les avoir pas tous démis de leurs fonctions pour manquement grave à cette obligation ? A regarder de près ce qui s’apparente à un exercice facultatif, il y a lieu de penser que la commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite ne joue qu’un rôle de figurant pour masquer la gêne d’un mal qui éclabousse presque tout le monde.