Confinement du Grand Libreville : La vieille recette ?

Présentée comme un passage obligé dans la réduction et la maîtrise de la circulation du Coronavirus, l’instauration du confinement est toujours redoutée et mal accueillie par les populations qui en sont les principales victimes. Mais comment trouver le juste milieu entre la lutte contre un virus qui menace et ébranle tout sur son passage et le maintien des équilibres sociaux ? L’efficacité de la lutte contre la pandémie passe-t-elle nécessairement par une mise sous cloche de la population ?

Leno Koleba

La complexité de ces questions résume à elle seule la difficulté de la lutte. Alors que la seconde vague de la maladie s’avère de plus en plus inquiétante, avec des chiffres de contaminations par centaines, et le nombre des décès qui prend l’ascenseur, alors que la résurgence de la pandémie est désormais aggravée par les mutations successives et rapides du virus, accentuant ainsi sa propagation communautaire et sa mortalité, la nécessité d’agir se pose désormais comme une urgence absolue pour les pouvoirs publics. Lesquels ont le devoir et la responsabilité de protéger les populations, surtout après la découverte du variant anglais, dont ignore pour l’heure la proportion des contaminations. Mais comment protéger les populations d’un virus qui renverse tout sur son passage, sans chambouler leurs habitudes de vie ? Comment confiner contre un mal invisible sans risquer de faire perdre des emplois, sans risquer de faire chuter le chiffre d’affaires des commerçants, sans faire mourir de faim, des milliers de familles qui vivent pourtant au jour le jour ?

L’urgence des mesures adaptées 

La délicatesse de l’action est là. Et elle commande des décisions mûrement pensées. Des décisions qui ne soient pas aveuglément calquées sur des modèles outre-océans et dont l’efficacité au contact des réalités locales, a déjà montré des limites abyssales. D’ailleurs, le confinement est-il un passage obligé dans cette lutte contre la pandémie ? Comment une recette ayant montré ses faiblesses ailleurs, serait-elle efficace pour le Gabon qui manque pourtant de moyens d’accompagnement ? L’exemple de la France et des autres pays européens nous montre que l’assignation à résidence des populations ne suffit pas pour endiguer la maladie. Car malgré deux confinements, l’ancienne puissance coloniale enregistre toujours des malades par milliers, et la situation est telle que les lits commencent même à manquer dans les hôpitaux.

Mieux, l’exemple du Bénin qui a refusé de confiner sa population par réalisme économique, devrait amplement nous édifier, le pays de Patrice Talon n’étant encore qu’autour de 5000 cas, alors que pour sa part, le Gabon qui a fait le choix des mesures aveugles en est à près de 14.000 aujourd’hui. 

Pire, ces mesures bien que drastiques semblent produire des effets contraires. Car le constat est que malgré toutes ces restrictions, la courbe des contaminations, elle ne cesse de grimper. Ne faut-il pas alors adopter une stratégie qui soit plus adaptée à notre environnement ? À quoi sert cette suite de confinements quand elle ne peut pas freiner la circulation du virus ? Il n’est pas trop tard pour le gouvernement de rectifier le tir pour éviter à la population tous ces sacrifices en vain au regard de leurs ravages qui bouleversent les équilibres sociaux. 

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Journaliste du média Gabon Initiatives