CNLCLI : rupture ou simple changement de dénomination ?

Le passage de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) à la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCI) suscite moult interrogations. Cette transformation juridique, selon les décideurs, va mettre fin à la « récréation » des corrompus au Gabon. Seul hic, la précédente CNLCEI n’a jamais réellement convaincue. Tout porte à croire que la nouvelle commission connaîtra le même sort.

Grégoire Matumba

Au Gabon, la corruption est véritable fléau gangrenant toutes les strates de la société. En témoignent les dernières révélations de la Task Force sur la dette intérieure. En effet, l’audit commandité par la Présidence de la République, il y a quelques mois, dans le cadre de cette commission comptable a permis de mettre en évidence l’ampleur du fléau des malversations financières, de la corruption et des détournements des fonds publics.

Travaux fictifs et surfacturations, bref les révélations de cette Task Force parlent d’elles-mêmes. Sur 650 milliards de francs CFA de dette auditée, 440 milliards de francs CFA sont fictifs. De quoi remettre en cause le processus d’attribution et exécution des marchés publics.  Un système bien huilé auquel l’Etat s’attaque désormais. D’ailleurs, Jessy Ella Ekogha, le porte-parole de la Présidence de la République avait lors d’une conférence annoncé les couleurs. Le Palais du bord de mer qui travaillait, à la recherche d’un mécanisme de pression et de répression plus efficace, vient par le truchement du dernier Conseil des ministres, de charger la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) d’une nouvelle mission inhérente à la lutte contre la corruption. Le redéploiement de cette institution marque la volonté de l’Etat d’en finir avec ce vieux démon qu’est la corruption retardant le développement du pays.

L’envie d’en découdre avec les mauvaises pratiques est ainsi clairement établie, puisque la CNLCEI a désormais la prérogative de s’attaquer, en plus des acteurs publics, à ceux du secteur privé coupables de crimes financiers et économiques contre l’Etat. Ce ne pas le changement de nomination, encore moins la sincérité des hautes autorités qui pose problème dans cette guerre contre la corruption. Durant près de 17 ans, la CNLEI a été le témoin presqu’insensible de la corruption au Gabon. Ses actions en direction de ce fléau se sont limitées uniquement aux enquêtes et autres rapports. Vu que qu’elle n’avait pas compétence à poursuivre et juger les coupables. Avec le dernier changement de dénomination, on est tenté de se demander qu’est-ce qui changera, quand on sait que le combat contre ce fléau est semble-t-il perdu d’avance ?