Carte postale : Paisible Mouila d’hier ( par Guy Christian Mounguengui )

Mouila, 4 janvier 2019 ( GabonInitiatives) – Située à 6h de route de Libreville en allant vers le Sud du pays, là ville de Mouila se dévoile toute entière dès l’entrée que jouxte le camp militaire qui abrite le Centre d’instruction encore appelé C.I de Mouila ou Ndjamena là où le corbeau ne boit pas l’eau…

Traversée par le fleuve Ngounié, la ville de Mouila est à cheval sur deux rives.

A la base, la distinction entre rive gauche et rive droite reposait sur une division quasi cadastrale des compétences.

La rive gauche, celle sur laquelle débouche la route nationale 1 en provenance de la capitale et en continum vers le Sud profond du Gabon, est par essence la rive economico-commerciale.

La rive droite quant à elle a beaucoup plus une vocation administrative.

En phase avec ce découpage fondée sur le duopôle féminin et masculin, la rive gauche héberge le collège Val Marie, â la base collège tenu par les Soeurs religieuses catholiques et spécialement dédié à l’éducation et formation de la jeune fille.

Mère Colette y laissa, à la suite d’autres religieuses, une empreinte indélébile tant par sa longévité à la tête de l’établissement que par la qualité des élèves formés sous son magister dont certaines, nombreuses, se distinguent à des positions importantes dans l’appareil politico-administratif du pays.

Pour sa part la rive droite est dépositaire du Collège Saint-Gabriel qui, lui aussi, dirigé par les Prêtres de la congrégation èponyme, dont le Célèbre Père Gaillard, ètait â l’origine spécialement consacré à l’éducation et formation du jeune garçon.

Ces deux établissements emblématiques de la ville de Mouila ont accueilli les élèves venant de Mouila et sa région certes, mais aussi beaucoup d’autres élèves venant des autres provinces du Gabon, notamment celles de la Nyanga et du Haut-Ogooué.

Dans leurs vocations respectives, chacune des rives avait une offre spécifique aux populations.

La rive gauche, dans sa vocation économique et commerciale, abritait divers enseignes.

Dans le secteur transport, si le compatriote Ilibana est un nom que les anciens n’oublient en matière de transport des voyageurs, le compatriote Offiga s’était lui, par contre, spécialisé dans le transport des marchandises venant principalement du Congo voisin.

Mais Barbier, compagnie plus structurée, a longtemps fait la fierté des populations de Mouila qui avaient à portée de main, un instrument de transport leur garantissant la mobilité vers Libreville la capitale, notamment.

Dotée au départ de camions sur lesquels étaient montées et fixées des “caisses” (iduba pour les populations), les cars barbier s’élançaient sur la piste en latérite et jonchées de cassis en laissant échapper derrière eux des nuages de poussière.

Au titre des chauffeurs ayant marqué la conscience collective tant pour son autorité que pour sa maîtrise du volant, le chauffeur Moubamba est de loin le plus cité.

Dans le commerce, la distribution des produits en gros et en détail était assurée par des enseignes telles Panayotis (grecs) ou Sogic.

Dans le secteur du bâtiment, la société SOACO, Société Africaine de Construction, avait pris une part active dans la dotation de la ville en bâtiments modernes dont le centre médical de la CNSS et les logements de son personnel sur le boulevard matamba.

En matière hôtelière, l’hôtel Lac Bleu avec vue sur la ngounié, est longtemps resté l’unique cadre à niveau dans ce secteur. Sa reprise par un fils de la contrée lui a ajouté une plus-value suite aux travaux de rénovation entrepris dont une boîte de nuit qui n’a rien à envier à celles de la capitale.

Les clients de cet hôtel et la population de Mouila ont pour lieu de détente le mythique Lac Bleu qui mérite de recevoir des installations touristiques.

Non loin de l’hôtel lac bleu, un autre fils de la contrée aujourd’hui disparu, avait fondé la Pharmacie Mugumi dans un cadre moderne faisant lui aussi face à la ngounié.

La rive gauche concentrait aussi une variété de commerces et des lieux de loisir que furent les boîtes de nuit Diviru, Wetsiga et Ikadi.
La boîte de nuit ikadi à longtemps servi de boîte de référence pour les jeunes heureux de danser au rythme des “tubes” du moment.

En effet, cette boîte faisait la différence de par son Disk Jokey Geoffroy, venu droit de Port-Gentil pour tenir cette boîte qui se voulait sélect au niveau local.

Avant la construction du pont (1974), la jonction entre les deux rives se faisait par le biais du bac et autres pirogues.

Toutefois, malgré la présence du pont, son positionnement excentré a permis à certains d’exploiter par pirogue à moteur, la traversée des personnes entre les deux rives à partir des deux débarcadères situés face à face et hérités de l’époque du bac.

Précieux raccourci surtout pour les élèves de la rive droite devant chaque jour rallier la rive gauche pour atteindre le collège du Val Marie, la traversée par pirogue à moteur a longtemps eu ses moments de gloire et les contemporains se souviennent de “Pontalier” et sa pirogue à moteur qui faisait de lui un entrepreneur local.

La rive droite, dans sa vocation administrative, à toujours regroupé en son sein les services de commandement (gouvernerat, préfecture, mairie), les services judiciaires (tribunal), les services de sécurité (police, gendarmerie et Prison), les services financiers (trésor et banque désormais), la poste, le cadastre, la météo, la SEEG, les grandes andemies, la prison, l’inspection des eaux et forêts, l’inspection académique…

Au-delà de cette caractéristique administrative, il convient de rappeler que cette partie de la ville de Mouila était cadastralement structurée.

La ville originelle sur cette rive reposait sur un plan dit en damier. Les rues étaient tracées dont certaines pavées. Des haies (sorte de barrières) longeaient les différentes rues.

Fait marquant, et que peu de gens ignorent, est la présence en plein centre ville, juste face au commissariat de police, d’une forêt classée.
Les concepteurs de cette oeuvre étaient simplement dans l’observation de la logique écologique qui commande que la ville soit oxygénée par le couvert végétal.

D’ailleurs, à cette même fin écologique voire nutritionnelle, il était presque naturel de voir les autres rues jonchées d’arbres fruitiers que sont les cocotiers et manguiers.

Autres faits marquants de la rive droite de Mouila, il y a que c’est sur cette rive qu’était bâti l’hôpital principal. Un chef d’oeuvre architectural articulé autour de bâtiments de type colonial qu’il convenait de restaurer et conserver.

C’est aussi sur cette rive que se situe l’aéroport qui a eu son heure de gloire à l’époque de la compagnie Air Gabon et ses avions Fokker qui desservaient Mouila trois fois par semaine (mardi, jeudi et samedi) et c’était un rituel, pour les gosses, de s’y rendre pour voir les passagers débarquer, mais aussi voir le représentant local de Air Gabon, Papa Forêt, exécutant les gestes d’agent de piste guidant les pilotes pour bien parquer l’avion sur le tarmac.

C’était l’époque aussi où l’armée de l’air gabonaise, disposant d’une flotte appréciable, assurait des rotations sur Mouila pour ravitailler l’intendance du camp militaire, transporter les troupes en début et fin de formation, FCB et FETA notamment ou encore transporter les jeunes sportifs participants chaque année aux jeux scolaires et universitaires.

C’était une fierté pour les populations de Mouila, de croiser leur fils du coin, Cyriaque MBADINGA, pilote à l’armée de l’air. Mais aussi le redouté pilote Jacques MVE, qui faisait régner la discipline, notamment en matière de respect des horaires. Osant même repartir avec le C130 à vide, au cas où les passagers avaient du retard.

Enfin, au titre des caractéristiques de la rive droite de Mouila, il y a le cimetière de Mangondo qui vaut à la ville le surnom de Mouila Mangondo.

Le cimetière doit son nom en réalité à la forêt primaire qu’il jouxtait. Forêt à l’époque dite interdite car sanctuaire du clan Dibur Simbu.

Mais la rive droite c’est aussi le lieu de révélation de certaines figures mythique, mystique et historique.

D’abord la voluptueuse Sirène Mugumi, ancêtre mythique antropo-zoomorphe du clan Dibur Simbu, qui trône sous les eaux de la Ngounié.

L’histoire retient que la figuration par l’image de cette Sirène a été dessinée par un ancien “chef de région” colonial, qui, habitant sur la bute qui jouxte le débarcadère de la rive droite, sorti un matin avant le lever du jour pour aller prendre son bain au débarcadère. Il aurait aperçu ladite Sirène et retourna dans sa maison dessiner ce qu’il avait vu.

C’est cette image qui a par la suite été sculptée pour trôner en monument à l’ancienne place de l’indépendance.

Ensuite le truculent NZAU DIKAKU, fils de DIKAKU, un ascendant du clan Dibur Simbu.

Nzau DIKAKU dit l’oiseau s’est distingué dans la revendication et la défense des attributs liés aux sanctuaires du clan Dibur Simbu (lac bleu, Mangondo et Mugumi).

Il faut souligner l’audace de ce fils qui osa régner en lieu et place des descendants Dibur Simbu en vie, ses Pères. Comme quoi, la nature a vraiment horreur du vide.

Il était à l’honneur lors de grands événements festifs, place de l’indépendance, où son port vestimentaire, Haut rouge, jupe noire et chaussures à bout pointu surélevé (véritable bibok mondi), constituait une curiosité hilarante et lui valait la sympathie des autorités dont le chef de l’Etat, lorsqu’il était en tournée dans la ville.

Enfin, il y a eu l’emblématique, MADILA dit Ya DIL, Ancien combattant de la 2ème guerre mondiale, Ya Dil avait trouvé gîte à la prison centrale où l’administration pénitentiaire lui avait offert une chambre au camp des gardes.

Muni de son clairon et de son horloge, visiblement datant de sa campagne de milicien, Ya Dil a choisi d’être l’horloge de la ville.

En effet, c’est lui qui, depuis la place des armes du camp des gardes ou de la place de l’indépendance, jouait du clairon pour accompagner la levée des couleurs à 07h du matin puis la baissée du drapeau en fin d’après-midi à 18h.

Un coup de clairon intermédiaire intervenait à 14h pour appeler les actifs, élèves et travailleurs à rejoindre leurs lieux d’apprentissage et de travail.

Ya Dil était un modèle de bénévole désintéressé. L’écouter raconter sa vie de milicien en Indochine était simplement instructif à divers égards.

Comme Nzau Dikaku, Ya Dil, friand de la grossièreté, assurait le show lors des fêtes à la place de l’indépendance. Le son de son clairon était accompagné de laborieux coups de reins qui amusaient l’assistance dont le chef de l’Etat lorsqu’il était présent en ces lieux.

Bref….Le Mouila d’hier était un cadre de vie paisible où il faisait bon vivre.

Pour que nul n’en ignore

Guy Christian Mounguengui o
Militant de la qualité de la vie
Défenseur de la dignité humaine
Partisan du bonheur partagé

GI/GCM/FM/19