La marche de l’église évangélique du Gabon retracée par son président

Le président de l’église évangélique du Gabon, le Pasteur Jean Jacques Ekouaghet, se livre à cœur ouvert en répondant à nos questions liées au fonctionnement de l’entité religieuse dont il a la charge : exclusivité.DSC_0000427
GABONINITIATIVES (GI) : Président, pouvez-vous décliner votre identité?

 

Jean Jacques Ndong Ekouaghet (JJNE) : Je m’appelle Jean Jacques Ndong Ekouaghet. Je suis gabonais et originaire de la Province de l’Estuaire, marié et père de plusieurs enfants. J’ai fait mes études de théologie tour à tour dans des facultés à Yaoundé et en France, inscrit normalement en DE, ancienne version et j’ai une licence en théologie. Je suis Pasteur de l’église évangélique du Gabon, consacré en 1987. J’ai été tour à tour opposant au président régional de la région estuaire, Vice Président, Secrétaire administratif. Un poste que j’ai occupé pendant deux mandats. Depuis Mars 2014, je suis Pasteur, Président de l’Eglise Evangélique du Gabon.

 

GI : Président, pouvez-vous définir la structure ecclésiastique de l’église évangélique du Gabon ?

 

(JJNE) : L’Eglise évangélique du Gabon a connu des périodes d’incompréhension, pratiquement trente ans, après le départ des missionnaires en 1987. Il fallait amorcer un nouveau système de dénouement des problèmes auxquels l’église était souvent confronté, et qui tournait autour d’un point essentiel : le problème de gestion car la province qui était majoritaire statistiquement gérait toujours et la minorité n’en avait pas la possibilité. La province administrative la plus importante, changeait autant de président d’église et cette méthode n’arrangeait pas du tout, les autres membres issus de la même région d’où la décision de rotation de présidence en 1987. Notons que l’Eglise est organisée en région ecclésiastique. Il y’a donc pour le moment, quatre régions ecclésiastiques. La première est la région de l’Ogooué estuaire synodale qui comporte en elle-même cinq régions administratives à savoir : l’estuaire, le moyen Ogooué, l’Ogooué maritime, la Ngounié et la Nyanga. La deuxième région est la région synodale de l’Ogooué Ivindo Sud Ouest qui comporte trois régions administratives à savoir la région de l’Ogooué Ivindo, la région du Haut Ogooué et la région de l’Ogooué Lolo. La région synodale du Woleu-Ntem qui est la troisième, comporte quant à elle, seulement un seul département : celui du Woleu Ntem, département de l’okano, département du Haut N’tem dans le Woleu n’tem. La quatrième région c’est celle du N’ tem qui n’a qu’un seul département. Voilà la constitution de l’administration synodale au niveau de l’église évangélique du Gabon.
GI : Président, comment se déroule l’ordination au sein de l’église évangélique du Gabon ?

 

JJNE : L’élection du Président de l’Eglise évangélique du Gabon se déroule selon un cadre rotatoire, en tenant compte de la région qui a reçu pour la première fois l’évangile. C’est cette région qui est choisie pour enclencher le cycle de rotation et tour à tour, les autres régions suivent le mouvement. En 1987, la région synodale de l’Ogooué estuaire a été le début de ce système. C’est par Libreville que l’évangile, est arrivé en premier lieu au Gabon en général et même dans la sous région. Après l’Ogooué estuaire, c’est l’Ogooué Ivindo. Quelques années plus tard, l’évangile est allé dans le Woleu-Ntem. L’Ogooué Estuaire a commencé le premier mandat en 1987. Ce premier tour rotatoire s’est achevé en 2014 où chaque région a eu à la tête un fils pour la représenter. Le système étant rotatoire, c’est le seul système qui rassemble toute l’église. Depuis seize ans, c’est la première fois, que l’église du Gabon est devenue stable. En mars 2014, le tour est revenu toujours à la région Ogooué estuaire. Notons qu’à une élection, le choix de la candidature se fait par un synode, qui peut choisir un ou deux candidats ; en exemple le dernier synode de 2014 où deux candidats ont été choisis et le vainqueur fut le président Jean Jacques Ndong Ekouaguet à une élection à un seul tour. Le candidat malheureux a totalisé un bon score de 40%. Notons que cette élection était difficile parce que les gens avaient versé dans l’intoxication, avec l’émission de plusieurs tracts dans le but de me faire perdre l’élection. Cependant la bible déclare qu’aucun plan de Dieu, ne peut être détruit par l’homme. Les plus gros électeurs sont les chrétiens qui sont plus nombreux que les Pasteurs. Parmi les tracts, plusieurs accusations ont été portés à ma personne au sujet d’un don d’argent, que j’aurais remis à mon collègue Pasteur Bengone afin qu’il ne se présente pas. Et d’autres pasteurs m’avaient demandé de décliner mon projet d’où ma réponse négative : « Je ne pourrais dire ce que je ferais que lorsque le moment viendra car en cette période, Dieu me dira ce que je ferais » et cela au Conseil national d’Afrique ; C’est pour cette raison, que j’avais décliné mon projet sur le plan spirituel qui est celui d’ organiser la vie des pasteurs compte tenu du désordre total de l’administration de l’église qui depuis ma prise de fonctions, est ordonnée.
Sur le plan financier pour la première fois, l’église a tenue une grande conférence budgétaire. Les recettes et des dépenses ont été optimisées et tous les départements de l’église sont budgétisés. C’est grâce à cette procédure que les salaires des Pasteurs ont pu être bancarisés. Pour ceux qui avaient ouvert des comptes bancaires, reçoivent désormais leur salaire par virement bancaire. Auparavant, chaque pasteur utilisait l’argent de l’église à son gré. Aujourd’hui l’enseignement privé a été optimisé. Avec le budget, plusieurs travaux de réfection des écoles, sont en cours. Depuis le mois d’octobre dernier, les travaux de réfection du collège Fanguinoveny de Lambaréné. Il est une obligatoire, que la gestion des finances soit respectée, dans le cadre de versement des cotisations des églises, à la direction générale, qui est l’église évangélique du Gabon. C’en est fini, avec le désordre anarchique de certains dirigeants des paroisses ! L’enseignement doit laisser à l’église, un budget de cent millions de francs. Concernant l’administration, il y’a un changement total. Plusieurs nominations basées sur la compétence et la fidélité, ont été faites alors que mes prédécesseurs ont porté leurs choix sur les gens de leur province natale, les transférant depuis l’enseignement public à celui du privé. Le cas de Libreville, il y’a trois établissements ; A baraka, c’est un originaire du Woleu-Ntem et l’intendant est originaire de Bitam. Au lycée d’Akébé c’est une camerounaise de l’Afrique Centrale parce que nous avons des enseignants expatriés. Il n’y a pas de raison que ces gens travaillent pour nous et que nous ne pouvons pas leur laisser des places pour le commandement. Au lycée d’Akébé, le proviseur est une femme et elle est originaire de la Ngounié. A Melen, le proviseur est du moyen – Ogooué. Mais tous, sont les enseignants de l’enseignement protestant. Dans le moyen Ogooué, le proviseur de Port-Gentil est de l’Afrique de l’Ouest ; Il n’y a pas de proviseur fang à l’Ogooué Ivindo, le proviseur est d’Oyem ; A Franceville, le proviseur est de l’Ogooué Ivindo et l’intendant est de Bitam. A Eboma, le proviseur est de Minvoul et l’intendant est une femme camerounaise qui est épouse de pasteur. A oyem, le proviseur est de Bitam, à Bitam, le proviseur est de la Ngounié. Au niveau de l’enseignement protestant leur direction générale est un chantier.
Par ailleurs l’Eglise évangélique du Gabon est reconnue sur le plan international par le fait que mon vice président venait d’effectuer une mission en France où il m’a représenté, dans le cadre des échanges avec la CEVA qui est la commission des églises de mission. C’est une organisation qui regroupe toutes les églises de mission en assemblée pour examiner le programme de mission en interne. Les relations avec la CEFAG et la CEVA vont permettre l’octroi deux projets sur l’évangélisation des pygmées au niveau de Mekambo et Boumango. C’est un projet de la CEVA et il y’a aussi un autre projet dont la réalisation a débuté : c’est celui de la mise sur le Net de tous nos établissements. Avant ma prise de fonction, aucun projet n’était palpable. La connexion sur le Net est déjà existante ici, dans l’administration, au secteur d’enseignement privé et d’ici la fin de l’année, il y’aura la formation des pasteurs et les enseignants sur l’outil informatique surtout que les relations avec l’international, sont très bonnes.

 

GI : Président, en tant qu’homme d’église, quelle est votre analyse sur la situation sociopolitique du Gabon ?

 

JJNE : En tant que responsable d’une communauté religieuse, je voudrais d’abord souligner un fait : le Gabon n’est pas une biographie. Ce n’est pas Dieu qui est le souverain au Gabon, Dieu est le souverain de toute la terre et du monde entier. En ce qui concerne la république gabonaise, ce sont les gabonais qui élisent le Chef de l’Etat, ce n’est pas Dieu qui le nomme. Je ne partage pas du tout l’avis de certains croyants et ce qu’ils disent à propos de la prophétie. Par contre, je voudrais m’arrêter et faire reconnaitre que, depuis 1990, quand le Gabon avait accepté de rentrer dans la démocratie, les gens se levaient dans leurs propres intérêts et non dans l’intérêt général de la nation. Aujourd’hui notre système électoral a comme plus d’évolution. D’abord depuis le temps du Président Omar Bongo Omdimba et avec l’actuel Ali Bongo Ondimba, la biométrie a été mise en place. Le Gabon est un jeune, beau et riche pays et il faudrait qu’il soit beau à tous égards. Le Président OBO avait déjà amorcé un bon pas. C’est pourquoi grâce à l’arrivé d’Ali Bongo Ondimba, cette biométrie est effective aujourd’hui dans notre pays. L’objectif actuel est que les acteurs politiques et le gouvernement améliorent le système politique, afin de réussir ce challenge de la démocratie. Après l’élection de 2009, le Président Ali Bongo Ondimba a été placé à la tête de notre pays même si certains ont décrié haut et fort cette victoire. Mais il est bon de reconnaitre que dans les élections, il y’a un seul gagnant et après ce sont des perdants, là n’est pas le problème. Mais en tant qu’observateur selon les expressions de certains hommes politiques, des méchancetés de leurs parts, l’atmosphère n’est très sereine. Où est alors le respect de la dignité humaine suivant les propos malhonnêtes de certains acteurs politiques, il faut donc revenir au meilleur langage politique ? Et quel héritage culturel à léguer aux générations futures de notre pays ?
Propos recueillis par Ngoulou Narcisse
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